Seika Tanden Hara

Le centre de gravité est comme son nom l'indique un point autour duquel tout un équilibre s'organise. Pour un homme immobile, dans la position normale debout, et sans qu'il y ait de tensions musculaires quelconques, le centre de gravité se trouve un peu en dessous de l'ombilic.

Chaque fois que l'on effectue un mouvement, le centre de gravité se déplace avec le corps. Si le mouvement est bien ordonné et part du centre, l'équilibre reste stable. Bien entendu par équilibre stable, il faut entendre que le sujet a une « bonne assise » dans une position naturelle, lui permettant de se déplacer rapidement et avec aisance.

En Aïkido, que l'on fasse ou que l'on subisse une technique, notre équilibre est continuellement remis en question par le partenaire. On doit s'efforcer néanmoins, en adoptant la posture la plus correcte et la plus naturelle possible, de conserver son centre à l'endroit où, par rapport à notre morphologie, il offre au corps le meilleur équilibre et la plus grande possibilité de puissance.

Ce point autour duquel tout s'organise et qui se situe, comme nous l'avons vu, un peu en dessous du nombril, est appelé par Maître Kishomaru Ueshiba SEIKA TANDEN. Pour lui, le Seika Tanden est bien plus qu'un centre de gravité et il en fait le point de concordance de toutes les forces et de toutes les énergies. En japonais, toute la région qui entoure le Seika Tanden est appelé HARA.

Si ce point unique qu'est le Seika Tanden est quelque chose de relativement précis, le concept Hara est plus difficile à saisir. Karlfried Grâf Durckheim, auteur d'un remarquable ouvrage sur ce sujet, définit, entre autres, le Hara comme étant le centre vital de l'homme, le pivot indispensable autour duquel tout doit tourner. Pour lui, avoir le Hara, c'est « parvenir à l'acquisition ferme d'un état d'être, grâce auquel la maîtrise acquise dans une technique est disponible au moment crucial, d'une façon qui est naturelle et non pathétique ».

La traduction du mot « Hara » est ventre. Mais pour les Japonais et l'occidental, ce mot n'a pas la même signification. Pour l'un, c'est seulement une partie du corps comme une autre, siège de nos préoccupations gastronomiques. Pour l'autre, c'est « le centre de la conscience véritable, l'enveloppe de notre être essentiel ». Il semble que les occidentaux à certaines périodes de leur histoire aient eu conscience du ventre. Nous retrouvons dans quantité d'oeuvres artistiques égyptiennes, grecques ou d'inspiration religieuse , un certain rayonnement du centre, voire dans certains cas, la matérialisation de ce centre par un renflement chargé de puissance d'où partent des courbes et des spirales.

Dans notre langue également, certaines expressions telles que : avoir du cœur au ventre, ne pas avoir froid au ventre, avoir des tripes, en avoir dans le ventre, être estomaqué, etc., sont certainement les vestiges d'une connaissance oubliée. Il est vrai également que par rapport à notre culture judéo-chrétienne, tout ce qui se rapportait au centre était tabou. Le ventre, le bas-ventre, était le siège des bas instincts et la personnalité de l'homme ne commençait qu'au-dessus du diaphragme. Le langage, c'est le véhicule de la pensée et si le Japonais a su conserver, lui, dans sa vie cette notion de Hara, c'est peut-être parce que grâce au langage et à l'écriture, il n'a pas perdu de vue la sémantique du mot. En effet, l'idéogramme qui est la visualisation du concept ne varie pas quelle que soit l'expression dans laquelle il est employé. Certainement aussi parce que les religions ou les courants de pensée circulant au Japon font davantage référence à la nature, à la parcelle de divin sommeillant en l'homme et que toute pratique de la voie tend à réveiller et à épanouir.

Chez nous, tout est spéculation intellectuelle : la religion, la philosophie, le plaisir. Il nous faut prouver l'existence de Dieu par la raison, faire ensuite de cette raison une déesse, aborder toutes choses avec une méthode. En littérature et dans le domaine des arts, nous devons respecter certaines règles , certains dogmes immuables qui enferment l'artiste ou le croyant dans un carcan et qui le privent du monde de la sensation et du naturel.

La nature, elle-même, doit être ordonnée : un beau jardin doit représenter des formes géométriques disposées avec un grand souci de symétrie. Notre monde est celui de l'intelligence et de la raison, du dogme et de la méthode, de l'analyse et de la classi-28 fication.

Au Japon, ce qui est carré, direct, trop intelligent, est souvent suspect. Quelqu'un de direct, c'est quelqu'un « qui a préparé son coup ». Dans certains domaines, répondre immédiatement et sans hésitation à une question précise est faire preuve de préméditation, de manque de naturel, d'absence de franchise.

Mis à part le monde des sciences et des techniques, tout jugement se rapportant à l'humain aura comme base le Hara. De même que toute pratique artistique, initiatique ou religieuse, visera dans un premier temps à la conscience, la possession puis l'épanouissement du Hara. Certains exercices SHINTO, le ZEN, l'art martial (en tant que pratique de la voie et école de vie) visent à cette possession du Hara. Le Hara permet à l'homme qui le possède de vivre le monde des sensations et de l'intuition, avec un détachement complet et une absence totale de préjugés.

C'est la science du Hara, acquise par une longue et régulière pratique, qui permet d'avoir l'attitude juste au moment juste. L'étude du Hara, c'est l'étude de l'adéqua-cité et de la spontanéité. Vivre avec le Hara, c'est vivre « ici, maintenant » dans le présent constant.

Au Japon, la plus haute forme de conscience du ventre est définie par le HARAGEI (l'art du ventre). Le Haragei, c'est la relation directe d'homme à homme, de ventre à ventre, d'âme à âme qui peut se produire entre deux personnes possédant le Hara, sans qu'il y ait besoin de paroles.

Il existe dans la langue japonaise des centaines d'expressions utilisant le mot Hara (ventre). Toutes ces expressions suivant le verbe ou l'adjectif qu'elles emploient font allusion à un « état d'être » ou à une situation davantage psychologique que physique. Ce qui prouve bien que pour le Japonais, le Hara est le siège de la conscience véritable.

Par exemple, si l'on parle d'une personne sournoise, on dira qu'elle a le ventre noir (Hara kuroi hito). Quelqu'un de malhonnête, c'est quelqu'un qui a le ventre sale (Hara gitanai hito) ; ou le contraire, avoir le ventre propre signifie être honnête. L'homme généreux c'est celui qui « a un gros ventre » (Hara okii hito). Celui qui a fait son ventre (Hara dekiteru hito) c'est l'homme mûr, solide, respecté et respectable. Parler à cœur ouvert, se dit parler à ventre ouvert (Hara wo watte hanasu). Lorsque « le ventre se lève » (Hara ga tatsu) c'est que l'on est en colère.

En fait, lorsqu'on parle du Hara, on parle comme nous l'avons vu, de l'ensemble Seika Tanden-Hara-KI-KOKYU. Le Kl véhiculé par le Kokyu et concentré dans le Seika Tanden ne peut s'écouler que si l'on possède le Hara. De même que pour acquérir le Hara, il est nécessaire d'exercer son kokyu et réciproquement.

Hara Art Ventre
HARA : « Un centre immuable autour duquel tout s'organise ».

Pour le Samouraï ou le chevalier, la politesse est d'abord l'expression de sentiments profonds, d'égards pour les autres, de modestie pour soi.

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